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DE VROUW IN HET HEILSPLAN VAN GOD PREEK VAN PATER RANIERO CANTALAMESSA OP GOEDE VRIJDAG IN DE ST.-PIETERSBASILIEK TE ROME IN AANWEZIGHEID VAN PAUS BENEDICTUS XVI 7/04/2007
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P.
Raniero Cantalamessa OFM Cap., Prédicateur de la Maison pontificale Homélie
basilique Saint-Pierre, célébration
de la Passion, ce Vendredi Saint 7 avril 2007, en
présence de Benoît XVI. P.
Raniero Cantalamessa «
Il y avait aussi des femmes » Prédication
du Vendredi Saint 2007 Basilique
Saint Pierre Près
de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme
de Clopas, et Marie de Magdala (Jn 19, 25). Pour une fois, laissons de côté
Marie, sa Mère. Sa présence au Calvaire n’a pas besoin d’explication. Elle
était « sa mère » et cela explique tout ; les mères n’abandonnent pas
leur fils, même condamné à mort. Mais pourquoi les autres femmes étaient-elles
là ? Qui étaient-elles et combien étaient-elles ? Les
évangiles indiquent les noms de quelques unes d’entre elles : Marie de
Magdala, Marie mère de Jacques le mineur et de Joses, Salomé, mère des fils
de Zébédée, une certaine Jeanne et une certaine Suzanne (Lc 8, 3). Venues
avec Jésus de Galilée, ces femmes l’avaient suivi, en pleurant, sur le
chemin du Calvaire (Lc 23, 27-28). Arrivées au Golgotha, elles observaient «
de loin » (c’est-à-dire à la distance qui leur était permise), et de là
elles l’accompagnent dans la tristesse, au sépulcre, avec Joseph
d’Arimathie (Lc 23, 55). Cet
événement est trop marqué et trop extraordinaire pour qu’on le traite à Il
existe actuellement un débat animé sur qui a voulu la mort de Jésus : les
chefs juifs ou Pilate, ou les deux. Une chose est certaine : ce sont des hommes,
et non des femmes. Aucune femme n’est impliquée, même indirectement, dans sa
condamnation. La seule femme païenne mentionnée dans les récits, la femme de
Pilate, s’est elle aussi opposée à sa condamnation (Mt 27, 19). Jésus est
certes mort pour les péchés des femmes également mais historiquement elles
sont les seules à pouvoir dire : « Nous ne sommes pas responsables de ce sang
» (cf. Mt 27, 24). Le
fait que les auteurs et les inspirateurs des évangiles y fassent piètre figure
et qu’ils attribuent un rôle merveilleux aux femmes est l’un des signes les
plus sûrs de l’honnêteté et de la vraisemblance historique des évangiles.
Qui aurait permis que soit conservée de mémoire impérissable l’histoire
honteuse de leur peur, de leur fuite, de leur reniement, aggravée encore par la
confrontation avec la conduite si différente de quelques pauvres femmes ? Qui
l’aurait permis, s’il n’y avait pas été conduit par la fidélité à une
histoire qui semblait désormais infiniment plus grande que leur propre misère
? *
* * On
s’est toujours demandé pourquoi les « femmes pieuses » sont les premières
à voir le Ressuscité et sont chargées de l’annoncer aux apôtres. C’était
le meilleur moyen de rendre la résurrection peu crédible. Le témoignage
d’une femme n’avait aucun poids. C’est peut-être pour cette raison
qu’aucune femme ne figure dans la longue liste de ceux qui ont vu le Ressuscité,
rédigée par Paul (cf. 1 Co 15, 5-8). Les apôtres eux-mêmes prirent tout
d’abord les paroles des femmes pour « du radotage » typiquement féminin et
n’y crurent pas (Lc 24, 11). Les
auteurs anciens ont cru avoir trouvé la réponse à cette question. Les femmes,
dit Romain le Mélode dans l’un de ses hymnes, sont les premières à voir le
Ressuscité parce que c’est une femme, Eve, qui fut la première à pécher !
(1). Mais la vraie réponse est une autre : les femmes ont été les premières
à le voir ressuscité car elles avaient été les dernières à l’abandonner
mort, et même après sa mort elles venaient apporter des aromates à son sépulcre
(Mc 16, 1). Nous
devons nous demander pourquoi cela : pourquoi les femmes ont-elles résisté au
scandale de la croix ? Pourquoi lui sont-elles restées proches alors que tout
semblait fini et que même ses disciples les plus proches l’avaient abandonné
et organisaient le retour chez eux ? Jésus
a donné la réponse de manière anticipée quand, répondant à Simon, il dit,
en parlant de la pécheresse qui lui avait lavé et embrassé les pieds : «
Elle a beaucoup aimé ! » (cf. Lc 7, 47). Les femmes avaient suivi Jésus pour
lui-même, en reconnaissance du bien reçu de lui, non dans l’espoir de faire
carrière à sa suite. On ne leur avait pas promis « douze trônes », et elles
n’avaient pas demandé de siéger à sa droite et à sa gauche dans son
royaume. Elles le suivaient, est-il écrit, « pour le servir » (cf. Lc 8, 3 ;
Mt 27, 55) ; elles étaient les seules, après Marie, la Mère de Jésus, à
avoir assimilé l’esprit de l’évangile. Elles avaient suivi les raisons du
cœur et celles-ci ne les avaient pas trompées. *
* * A
cet égard, leur présence près du Crucifié et du Ressuscité contient un
enseignement vital pour nous aujourd’hui. Notre civilisation, dominée par la
technique, a besoin d’un cœur afin que l’homme puisse y survivre sans se déshumaniser
totalement. Nous devons donner plus d’espace aux « raisons du cœur », si
nous voulons éviter que l’humanité replonge dans une ère glaciale. Dans
ce domaine, contrairement à de nombreux autres domaines, la technique ne nous
est pas d’un grand secours. On travaille depuis longtemps à un type
d’ordinateur qui « pense » et de nombreuses personnes sont convaincues
qu’on y arrivera. Mais personne n’a encore envisagé la possibilité d’un
ordinateur qui « aime », qui s’émeut, qui vient en aide à l’homme sur le
plan affectif, qui l’aide à aimer comme il l’aide à calculer les distances
entre les étoiles, à déterminer le mouvement des atomes, à mémoriser les
données… Le
développement de l’intelligence et des facultés cognitives de l’homme, ne
va malheureusement pas de pair avec le développement de sa capacité d’aimer.
Il semble même que cette dernière n’ait aucune importance alors que nous
savons très bien que le fait d’être heureux ou non sur la terre ne dépend
pas tant du fait de posséder des connaissances ou non mais du fait d’aimer ou
de ne pas aimer, d’être aimé ou de ne pas être aimé. Il n’est pas
difficile de comprendre pourquoi nous tenons tant à développer nos
connaissances et pourquoi nous tenons si peu à accroître notre capacité
d’aimer : la connaissance se traduit automatiquement en pouvoir, l’amour en
service. L’une
des idolâtries modernes est celle du « QI » du « quotient intellectuel ».
De nombreuses méthodes pour mesurer le quotient intellectuel ont été mises au
point. Mais qui se préoccupe de tenir également compte du « quotient du cœur
» ? Et pourtant, seul l’amour rachète et sauve, alors que la science et la
soif de connaissance peuvent à elles seules conduire à Après
tant d’époques qui ont pris le nom de l’homme – homo erectus, homo faber,
jusqu’à l’homo sapiens-sapiens c’est-à-dire très sage,
d’aujourd’hui – il faut espérer que s’ouvre enfin pour l’humanité
une ère de la femme : une ère du cœur, de la compassion, et que cette terre
cesse finalement d’être « L’arpent de terre qui nous faits si féroces »
(3). *
* * On
relève partout l’exigence de donner davantage d’espace à Il
faut seulement éviter de répéter l’ancienne erreur gnostique selon laquelle
la femme, pour se sauver, doit cesser d’être femme et se transformer en homme
(5). Ce préjugé est tellement enraciné dans la société que les femmes
elles-mêmes ont fini par y succomber. Pour affirmer leur dignité, elles ont
parfois cru nécessaire d’assumer des comportements masculins ou même de
minimiser la différence entre les sexes, en la réduisant à un produit de la
culture. « On ne naît pas femme, on le devient », a affirmé l’une de leurs
illustres représentantes (6). Comme
nous devons être reconnaissants aux « femmes pieuses » ! Sur le chemin du
Calvaire, leurs sanglots ont été les seuls sons amicaux qui soient parvenus
aux oreilles du Sauveur ; alors qu’il était suspendu à la croix, leurs «
regards » ont été les seuls à se poser avec amour et compassion sur lui. La
liturgie byzantine a honoré les femmes pieuses en leur consacrant un dimanche
de l’année liturgique, le deuxième dimanche après Pâques, qui prend le nom
du « dimanche des Myrophores », c’est-à-dire des porteuses d’aromates. Jésus
est heureux que l’on honore dans l’Eglise les femmes qui l’ont aimé et
qui ont cru en lui lorsqu’il était en vie. A propos de l’une d’elles –
la femme qui versa sur sa tête un vase d’huile parfumée – il fit cette
extraordinaire prophétie qui s’accomplit toujours depuis des siècles : «
Partout où sera proclamé cet Evangile, dans le monde entier, on redira aussi,
à sa mémoire, ce qu'elle vient de faire » (Mt 26, 13). *
* * Les
femmes pieuses ne sont pas cependant seulement à admirer et honorer, elles sont
également à imiter. Saint Léon le Grand dit que « la passion du Christ se
prolonge jusqu’à la fin des siècles » (7) et Pascal a écrit que « Jésus
sera en agonie jusqu’à la fin du monde » (8). La Passion se prolonge dans
les membres du corps du Christ. Les nombreuses femmes, religieuses et laïques
qui sont aujourd’hui aux côtés des pauvres, des malades du SIDA, des
prisonniers, des exclus en tous genres de la société, sont les héritières
des « femmes pieuses ». A ces femmes – croyantes ou non – le Christ répète
: « C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Les
femmes pieuses sont un exemple pour les femmes chrétiennes d’aujourd’hui
non seulement à cause de leur rôle dans la passion mais également dans Ce
sont tous des « Allez ! » adressés à des hommes. Il n’y a qu’un seul «
allez ! » adressé à des femmes, celui qui est adressé aux myrophores le
matin de Pâques : « Alors Jésus leur dit : ‘Ne craignez point ; allez
annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me
verront’ » (Mt 28, 10). Par ces paroles, il faisait d’elles les premiers témoins
de la résurrection, « maîtresses des maîtres » comme les appelle un auteur
ancien (9). Il
est dommage qu’à cause d’une identification erronée avec la femme pécheresse
qui lave les pieds de Jésus (Lc 7, 37), Marie Madeleine ait fini par nourrir
d’innombrables légendes anciennes et modernes et soit entrée dans le culte
et dans l’art presque uniquement sous les traits de la « pénitente » et non
du premier témoin de la résurrection, « apôtre des apôtres », comme la définit
saint Thomas d’Aquin (10). *
* * «
Quittant vite le tombeau, tout émues et pleines de joie, elles coururent porter
la nouvelle à ses disciples » (Mt 28, 8). Femmes chrétiennes, continuez à
porter la bonne nouvelle aux successeurs des apôtres et à nous les prêtres,
leurs collaborateurs : « Le Maître est vivant ! Il est ressuscité ! Il vous
précède en Galilée, c’est-à-dire où que vous alliez ! ». Poursuivez le
cantique ancien que la liturgie place sur les lèvres de Marie-Madeleine : Mors
et vita duello conflixere mirando: dux vitae mortuus regnat vivus: La mort et la
vie se sont affrontées dans un duel prodigieux : le Seigneur de la vie était
mort, mais à présent il est vivant et règne ». La vie a triomphé dans le
Christ sur la mort et ceci adviendra également un jour en nous. Aux côtés de
toutes les femmes de bonne volonté, vous êtes l’espérance d’un monde plus
humain. A
la première des « femmes pieuses » et leur modèle incomparable, la Mère de
Jésus, nous répétons, avec une ancienne prière de l’Eglise : « Sainte
Marie, viens au secours des pauvres, soutiens les timorés, réconforte les
faibles : prie pour le peuple, interviens pour le clergé, intercède pour le
pieux sexe féminin » : Ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro
devoto femineo sexu (11) ______________________ NOTES 1.
Romano il Melode, Inni, 45, 6 (ed. a cura di G. Gharib, Edizioni Paoline 1981,
p. 406) 2.
Dans le film “Cento chiodi” di Ermanno Olmi. 3.
Dante Alighieri, Paradis, 22, v. 151 – Ed. du Cerf 4.
W. Goethe, Faust, finale parte II: “Das Ewig-Weibliche zieht uns hinan”. 5.
Cf. Vangelo copto di Tommaso, 114; Estratti di Teodoto, 21, 3. 6.
Cf. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe (1949). 7.
S. Leone Magno, Sermo 70, 5 (PL 54, 383). 8.
B. Pascal, Pensieri, n. 553 Br. 9.
Gregorio Antiocheno, Omelia sulle donne mirofore, 11 (PG 88, 1864 B). 10.
S. Tommaso d’Aquino, Commento al vangelo di Giovanni, XX, 2519. 11.
Antifona al Magnificat, Comune delle feste della Vergine.
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